L'industrie de l'intelligence artificielle au Canada est un secteur en expansion rapide. Bien que le Canada ait contribué au développement précoce de l'intelligence artificielle, la transformation de l'excellence en recherche en adoption commerciale s'est révélée difficile[1]. Malgré des résultats scientifiques reconnus à l'échelle mondiale et un vivier d'experts qualifiés, en juin 2024 le Canada enregistrait le taux d'intégration de l'IA le plus faible parmi les pays de l'OCDE : seulement 12 % des entreprises utilisaient l'IA dans leurs produits ou services[2]. L'adoption a cependant progressé rapidement, doublant entre la mi-2024 et la mi-2025, de 6,1 % à 12,2 %[3]. En septembre 2025, Statistique Canada indiquait qu'environ un tiers des entreprises canadiennes n'avaient aucun projet d'adopter l'intelligence artificielle dans l'année suivante, tandis que 14,5 % déclaraient leur intention de commencer à l'utiliser. Les principales raisons invoquées pour ne pas aller de l'avant étaient l'absence de pertinence perçue, le manque de connaissances et les préoccupations en matière de protection de la vie privée[3]. Selon Services publics et Approvisionnement Canada (PwC), le rythme d'adoption de l'IA au Canada représente environ les trois quarts de celui des États-Unis[1][4]. L'informaticien Geoffrey Hinton a déclaré en 2025 que les entreprises canadiennes adoptaient l'IA trop lentement, ce qui pourrait leur faire perdre les avantages acquis de longue date[5].
Lors de la conférence « All In AI » à Montréal en septembre 2025, le ministre de l'Intelligence artificielle et de l'Innovation numérique, Evan Solomon, a décrit la « construction de la souveraineté numérique » comme l'enjeu démocratique le plus pressant du moment. Il a présenté un groupe de travail de 26 personnes chargé de mettre à jour la stratégie canadienne en matière d'IA[6].
Dans son rapport de 2024 « Learning Together for Responsible Artificial Intelligence », Innovation, Sciences et Développement économique Canada souligne que la sensibilisation du public, la confiance et la littératie en matière d'IA sont nécessaires à leur adoption responsable et à leur gouvernance au Canada[7]. Des ateliers tenus à Montréal en 2021 ont précisé la définition de l'IA adoptée par l'OCDE en 2019[8] : « l'ensemble des techniques informatiques permettant à une machine (p. ex. un ordinateur ou un téléphone) d'effectuer des tâches qui nécessitent normalement de l'intelligence, comme le raisonnement ou l'apprentissage. On parle aussi d'automatisation de tâches intelligentes. Les avancées scientifiques en IA, notamment les techniques d'apprentissage profond, ont permis de concevoir des systèmes capables d'accéder à d'énormes quantités de données et à une puissance de calcul toujours croissante. Ces nouvelles techniques ont été rapidement déployées à grande échelle dans tous les domaines de la vie sociale, dans les transports, l'éducation, la culture et la santé »[9].
Investissements fédéraux et politiques publiques
modifierLe budget fédéral canadien de 2025 prévoit plus de 1 milliard de dollars sur cinq ans pour renforcer l'écosystème canadien de l'intelligence artificielle et de l'informatique quantique[10].
Paysage industriel et pôles de recherche
modifierAlexNet, un réseau neuronal convolutif développé à l'Université de Toronto par Alex Krizhevsky, Ilya Sutskever et Geoffrey Hinton, a changé le cours de l'intelligence artificielle moderne[11]. En 2012, il a réduit de manière spectaculaire le taux d'erreur lors de l'ImageNet Large Scale Visual Recognition Challenge (ILSVRC), démontrant la puissance pratique de l'apprentissage profond et de l'accélération par GPU. Son succès a contribué à la réputation du Canada dans le domaine de l'IA et a entraîné une adoption rapide de l'apprentissage profond dans les milieux universitaires et commerciaux[12]. Dans le secteur de la santé, AlexNet a été adapté à l'imagerie médicale pour l'analyse de radiographies, de mammographies et d'autres examens, notamment pour détecter des anomalies et appuyer le diagnostic clinique[13].
En 2015, la jeune pousse d'Ottawa Advanced Symbolics Inc. (ASI) a développé Polly, un système d'intelligence artificielle conçu pour analyser et anticiper le comportement de publics cibles afin d'élaborer des stratégies de communication et des campagnes publicitaires[14]. Polly doit son nom à sa première mission, consistant à analyser la politique entourant le Brexit. L'IA a retenu l'attention en 2016 en prédisant à la fois le résultat du référendum sur le Brexit et l'élection présidentielle américaine de 2016 remportée par Donald Trump[14]. L'entreprise indique que Polly est utilisée par des organisations de divers secteurs, notamment la santé, la politique, le divertissement et la recherche en santé mentale, pour appuyer la prise de décision à partir d'analyses prédictives[15].
Chartwatch, un outil d'IA développé au Canada, a permis de réduire de 26 % les décès hospitaliers inattendus, selon une étude de 2024. Le système analyse les données des patients pour détecter des signes de détérioration, aidant les équipes soignantes à intervenir en temps opportun[16].
Personnalités notables de l'IA au Canada
modifierLes travaux menés pendant plusieurs décennies par Geoffrey Hinton ont constitué une part des fondements de l'intelligence artificielle ; il a reçu le prix Nobel de physique en 2024[17][18].
Yoshua Bengio, lauréat du prix Turing en 2018 pour ses travaux sur l'apprentissage profond, a fondé en 1993 ce qui deviendrait Mila. Mila est aujourd'hui une collaboration entre quatre partenaires universitaires montréalais[6][19],[20]. La Stratégie pancanadienne en matière d'intelligence artificielle inclut également l'Amii en Alberta, le Vector Institute à Toronto et Mila[21].
Les travaux de Fakhreddine Karray sur l'IA opérationnelle ont eu des retombées dans plusieurs secteurs importants pour le Canada, notamment les systèmes de transport intelligents, la télésanté et la sécurité des conducteurs[22][23][24].
IA dans l'industrie pétrolière et gazière
modifierSelon un rapport de 2020 d'Ernst & Young, l'industrie pétrolière et gazière au Canada utilise l'IA pour automatiser des tâches routinières, répétitives et dangereuses au moyen de technologies comme l'automatisation des processus robotisés et l'apprentissage automatique ; pour optimiser la production et le traitement ; améliorer la logistique de transport ; optimiser le fonctionnement et la surveillance des équipements ; et mettre en place une maintenance préventive[25]. L'IA est aussi mobilisée pour l'analyse de données afin d'améliorer la prévision et la prise de décision, et devrait automatiser jusqu'à 50 % des compétences professionnelles dans le segment amont du pétrole et du gaz d'ici 2040[25]. Le géant des sables bitumineux Suncor Energy exploite une flotte de camions autonomes et a commencé à utiliser l'IA dans son système de répartition à la mine de Mildred Lake. En 2024, l'IA y gère des tâches comme l'affectation des camions aux stations de déchargement et leur envoi aux postes de ravitaillement[26].
Innovation autochtone et inuite en IA
modifierDes organisations autochtones travaillent, depuis le milieu des années 2010, à la création de technologies pour la revitalisation des langues en partenariat avec le Conseil national de recherches du Canada[27]. En 2025, des chercheurs inuits et leurs partenaires technologiques ont lancé une initiative reposant sur l'IA pour soutenir la revitalisation et la préservation de l'inuktitut[27]. Selon un article de CBC publié en 2025, des dirigeants inuits insistent sur les enjeux de souveraineté des données, de propriété de l'information et sur la nécessité d'un leadership autochtone pour garantir la transparence, la protection de la vie privée et la reddition de comptes dans le développement de l'IA[27].
Réglementation
modifierLa Loi sur l'intelligence artificielle et les données (LIAD, Artificial Intelligence and Data Act, AIDA) a été proposée en novembre 2022 dans le cadre de la Loi d'exécution de la Charte numérique (projet de loi C-27)[28]. Des codes volontaires, tels que le Code de conduite pour l'IA générative de septembre 2023, ainsi que des investissements dans l'infrastructure de calcul avancé et dans le Canadian Artificial Intelligence Safety Institute (CAISI)[29] témoignent de la volonté du Canada de concilier sûreté et compétitivité mondiale.
Infrastructures d'IA
modifierLe Canada a étendu son infrastructure de calcul pour l'IA aux niveaux provincial et fédéral. La « Stratégie canadienne de calcul souverain en matière d'IA » du gouvernement fédéral, dotée d'une enveloppe pouvant atteindre 2 milliards de dollars dans le budget de 2024, vise à accroître la capacité de calcul afin de soutenir la croissance de l'industrie canadienne de l'IA et l'adoption de l'IA dans l'ensemble de l'économie, jusqu'à 700 millions de dollars étant destinés à mobiliser des investissements privés dans des centres de données nouveaux ou agrandis[30]. L'Alberta a lancé une stratégie pour les centres de données d'IA afin de se positionner comme une destination nord-américaine dans ce secteur, visant jusqu'à 100 milliards de dollars de centres de données d'IA en développement d'ici 2030[31][32]. Un projet inscrit dans la stratégie albertaine est le parc de centres de données Wonder Valley AI, près de Grande Prairie, exempté d'évaluation environnementale provinciale en avril 2026, mais qui doit encore obtenir des permis démontrant la sûreté de sa construction et de son exploitation[32].
Selon Statista, en avril 2026, le Canada compte 287 centres de données[33].
Souveraineté en matière d'IA et de données
modifierLa souveraineté en matière d'IA et de données au Canada renvoie aux efforts visant à maintenir le développement, le déploiement et l'utilisation des systèmes d'intelligence artificielle sous la juridiction et le contrôle démocratique du Canada, en particulier en ce qui concerne les infrastructures de calcul critiques et la gestion des données. La « Stratégie canadienne de calcul souverain en matière d'IA » du gouvernement fédéral définit le calcul souverain en IA comme une infrastructure détenue et située au Canada, fournissant aux chercheurs, aux entreprises et au secteur public un accès sécurisé à des capacités de calcul avancées, tout en protégeant les données et la propriété intellectuelle canadiennes et en réduisant la dépendance à l'égard de fournisseurs étrangers[34].
Les analyses politiques et juridiques utilisent le terme « souveraineté en IA » pour désigner le maintien d'un contrôle stratégique sur l'ensemble de la pile de solutions d'IA, des centres de données et de l'infrastructure infonuagique jusqu'aux modèles d'apprentissage automatique et aux applications[35],[36],[37]. Les débats sur la souveraineté des données portent sur la question de savoir si les renseignements personnels et sensibles générés au Canada devraient être stockés, traités et régis en vertu du droit canadien ; des analyses juridiques mettent en évidence les tensions entre les flux transfrontaliers de données, la sous-traitance infonuagique et les exigences de contrôle national sur les ensembles de données utilisés pour entraîner les systèmes d'IA[38]. Un rapport publié en 2026 par l'École Munk des affaires mondiales et des politiques publiques a recensé des vulnérabilités dans la position du Canada en matière de souveraineté en IA et présenté des options stratégiques pour renforcer la capacité nationale de calcul[35],[39].
Références
modifierCitations
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Voir aussi
modifierArticles connexes
modifier- Intelligence artificielle
- Apprentissage profond
- Mila (institut de recherche)
- Geoffrey Hinton
- Yoshua Bengio
- Ministre de l'Intelligence artificielle et de l'Innovation numérique
- Risque existentiel posé par l'intelligence artificielle
- Liste des entreprises d'intelligence artificielle
- Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l'intelligence artificielle
