En mathématiques, et plus spécialement en analyse, la fonction x puissance x est la fonction définie sur l'ensemble des réels strictement positifs par

Représentation graphique de la fonction définie par sur et son extension à certains rationnels négatifs.

Parfois nommée en anglais self-exponential function, elle correspond à l'extension à de la tétration d'ordre deux.

Elle peut se prolonger en 0, sur certains rationnels négatifs ainsi qu'en une fonction multivaluée de dans .

Cette fonction est étudiée dès le XVIIe siècle quand sont connues les relations liant exponentielles et logarithmes.

Dénominations et notations

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Cette fonction porte différents noms selon les articles dans lesquelles elle est étudiée. Dans les versions anglophones, on peut trouver les termes de self exponential ou coupled exponent[1]. En relation avec son cas particulier de tétration, on trouve aussi Second-order towering exponent[1]. Dans les versions françaises, on peut trouver le terme de surpuissance seconde[2].

Puisqu'il s'agit de la tétration d'ordre 2 de  , on peut rencontrer les notations   ou, selon la notation des puissances itérées de Knuth,  . Fantini et Koepfler la notent[1]  

Étude sur l'ensemble des réels strictement positifs

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Définition

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La fonction   est définie par :  . Pour l'étudier, il est souvent commode de la réécrire avec les fonctions exponentielle et logarithme naturel :

 

Limite en 0

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L'indétermination de la limite en 0 se lève en passant par la forme exponentielle et par croissance comparée :

 

Dérivée

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La dérivée de la fonction s'obtient en dérivant   :

 .

Variations et minimum

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La dérivée est de même signe que  , fonction strictement croissante qui s'annule en  . La fonction   est donc strictement décroissante sur  , strictement croissante sur  , et possède un minimum atteint en   ≈ 0,36788 qui vaut   ≈ 0,69220.

Croissances comparées

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La fonction xxx croît plus rapidement que chacune des fonctions xax.

C'est-à-dire que  

La suite   croit même plus vite que  . La formule de Stirling donne un équivalent[3] de   en fonction de    

Fonction réciproque

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Les équations   et   sont liées par la relation suivante[2] :   soit encore  

C'est donc à l'aide de l'équation (1) que sont d'abord cherchées les solutions de l'équation (2).

L'étude de la fonction W de Lambert multivaluée permet d'offrir une nouvelle expression de la fonction réciproque de   : Pour y > 0 donné, on a[4] :

 

W désigne la fonction W de Lambert.

Plus exactement, la fonction de Lambert possède deux branches réelles :

  •  , définie sur   à valeurs dans  , qui permet d'exprimer la réciproque de   considérée comme une bijection croissante de   sur  
  •  , définie sur   à valeurs dans  , qui permet d'exprimer la réciproque de   considérée comme une bijection décroissante de   sur  

Fantini et Kloepfer ont nommé cette réciproque coupled root (racine de l'exposant couplé) et l'ont notée  [5].

Intégration

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La primitive de   n'est pas une fonction élémentaire[6]. Cette propriété se démontre grâce au théorème de Liouville[7].

Mais l'intégrale de   sur l'intervalle   offre un développement en série remarquable. Ce résultat porte le nom de rêve du deuxième année[8].  .

Prolongements

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En 0

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La fonction se prolonge par continuité en 0 par passage à la limite, en posant:  . Mais la fonction prolongée n'est pas dérivable en 0 et la courbe possède en ce point l'axe des ordonnées comme tangente.

Sur les rationnels négatifs

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Il est possible, à partir des fonctions racines n-ièmes, d'étendre la définition des fonctions puissances à tout exposant rationnel comme suit :  

Cette expression a un sens pour tout réel négatif dès que   est impair. Il est donc possible de définir   pour tout   entier naturel non nul et tout   entier naturel impair premiers entre eux[9].  

  • pour p pair, cette expression s'écrit  .
  • pour p impair, cette expression s'écrit  .

Comme fonction de l'ensemble des réels sur l'ensemble des complexes

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Représentation graphique (partielle) de la partie réelle de la fonction multivaluée   de   dans  

En utilisant le logarithme complexe il est possible de l'étendre en une fonction multivaluée sur tout le plan complexe[10].

Pour tout  ,    est un argument de x. Donc:  

  • Tout réel positif possède un argument nul et  
  • Tout réel négatif possède un argument égal à   et  

Cette fonction de   dans   peut se représenter dans l'espace par l'ensemble des points de coordonnées  .

Tous ces points sont sur un fuseau, obtenu par la rotation de la courbe d'équation   autour de l'axe des abscisses. Pour chaque valeur de  , ces points décrivent une courbe spiralant sur ce fuseau. Dans le graphique ci-dessus, sont dessinées les spirales pour  .

Ces points sont inégalement répartis, selon que   est rationnel ou irrationnel[11]. Les points du graphe d'abscisse   sont toujours sur un cercle de rayon  .

  • pour   irrationnel, les points sont denses sur le cercle;
  • pour   (fraction irréductible), il y a exactement   points sur le cercle. En particulier, chaque entier relatif non nul a une unique image par cette fonction.
    • pour  , il y a parmi ces points
      • un point correspondant à un réel positif si   est impair;
      • deux points correspondant à deux réels opposés si   est pair.
    • pour  , il y a,
      • aucun point correspondant à des réels si   est pair;
      • un seul point correspondant à un réel si   est impair, ce réel étant positif ou négatif selon la parité de  .

Repères historiques

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L'idée d'une expression comme   précède l'étude des relations entre exponentielle et logarithme. Elle nait d'une généralisation de la puissance rationnelle à un exposant réel, puis de l'idée que l'exposant pourrait être aussi une variable. Cette généralisation est le fait de Newton[12] et de Leibniz. À cette époque, la notation est seulement symbolique sans que soit défini avec précision comment pourrait se calculer et s'étudier de telles formes[13]. Ainsi voit-on Leibniz s'interroger en 1679 sur le sens à donner à une équation comme   et sur les méthodes à mettre en place pour la résoudre[14],[15]

La fonction en elle-même est étudiée par Leibniz et Jean Bernoulli à partir de 1694. Ils font le lien entre   et  , construisent points par points sa courbe représentative à l'aide de la courbe logarithmique et en tracent ses tangentes en remarquant que la sous-tangente[16] au point d'abscisse   est  [17],[18].

C'est également Bernoulli qui établit en 1697 la formule dite du rêve du deuxième année[19],[20] :  . Pour cela, il utilise le développement de   sous la forme suivante :   et intègre chacun des termes par une intégration par parties.

À la même époque, Euler démontre que la tour de puissance  ,  ,  , ...,  , ... soit la n-ième surpuissance de   converge pour tout   appartenant à   et que la limite   est solution de l'équation   soit   fournissant ainsi un outil pour résoudre l'équation «   »[5].

En 1844, Gotthold Eisenstein développe en série la réciproque de la fonction   et donne une valeur approchée de   pour tous les entiers de 1 à 40, et pour quelques dizaines[5],[21]   pour tout  

La fonction W de Lambert, pressentie en 1758, est étudiée au cours du XXe siècle.

Bibliographie

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Liens externes

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Voir aussi

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Notes et références

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  1. a b et c Fantini et Kloepfer 1998, p. 8.
  2. a et b E.-M. Lémeray, « Sur les racines de l'équation   », Nouvelles annales de mathématiques, 3e série, t. 15,‎ 1896, p. 548-556 (lire en ligne), p. 548
  3. (en) Alex Klotz, « The Sophomore's Spindle: All about the function   », sur Post Doc Ergo Propter Hoc (blog), novembre 2015 (consulté le 29 septembre 2024) - Applications
  4. « Tetration Gottfried Helms - Univ KasselNotes: 07' 2007 - 2017 » [PDF]
  5. a b et c Fantini et Kloepfer 1998, p. 13.
  6. (en) Elena Anne Marchisitto et Gholam-Ali Zakeri, « An Invitation to Integration in Finite Terms », The College Mathematics Journal, Taylor & Francis, Ltd., vol. 25, no 4,‎ septembre 1994, p. 295-308 (DOI 10.2307/2687614, JSTOR 2687614) p. 297
  7. Pour une démonstration, voir par exemple une traduction d'un papier de Matthew Wiener: Quelles sont les primitives de   ? De  ? De   ? - p. 5
  8. (en) Alex Klotz, « The Sophomore's Spindle: All about the function   », sur Post Doc Ergo Propter Hoc (blog), novembre 2015 (consulté le 29 septembre 2024) - Integrals: The Sophomore's Dream.
  9. Meyerson 1996, p. 198-199.
  10. Meyerson 1996, p. 200.
  11. Meyerson 1996, p. 205.
  12. Isaac Newton, Epistola posterior, 24 octobre 1676
  13. Michel Serfati, La révolution symbolique : La constitution de l'écriture symbolique mathématique, Éditions Petra, 2005 p. 333 et suivantes : l'exponentielle «Leibnizienne»
  14. Serfati 2005, p. 338.
  15. Lettre de Leibniz à Huygens, 8 septembre 1679, [lire en ligne].
  16. La sous-tangente à une courbe en un point est la différence entre l'abscisse de ce point et l'abscisse du point d'intersection de la tangente en ce point avec l'axe des abscisses.
  17. Simone Trompler, « L'histoire des logarithmes », Cahier du CeDop,‎ 2002 (lire en ligne), mis en ligne par l'université libre de Bruxelles, p 15-16
  18. (la) Jean Bernoulli, Opera Omnia, t. I, Principia calculi Exponentialum, Seu Percurrentium [lire en ligne].
  19. * (en) William Dunham, The Calculus Gallery, Masterpieces from Newton to Lebesgue, Princeton University Press, 2005, 46–51 p. (ISBN 9780691095653), « Chapter 3: The Bernoullis (Johann and  ) »
  20. Johann Bernoulli, Opera omnia, vol. 3, 1697, 376–381 p. (lire en ligne)
  21. (de) Gothold Eisenstein, « Entwicklung von   », Journal für die reine und angewandte Mathematik,‎ 1844, p. 49-52 (lire en ligne)

📚 Artikel Terkait di Wikipedia

Fonction demi-exponentielle

MR 1473047) (en) Does the exponential function have a (compositional) square root? (en) "Closed-form" functions with half-exponential growth Portail de l'analyse

Exponentielle complexe

Paris, Hermann (éditions), 1961, p. 31 (en) Eric W. Weisstein, « Exponential Function », sur MathWorld Portail de l'analyse Arithmétique et théorie des

Application exponentielle

Djokovic et Karl H. Hofmann, « The surjectivity question for the exponential function of real Lie groups: A status report », Journal of Lie Theory, vol

Développement de Sommerfeld

Regensburg (consulté le 8 février 2016) « Definite integrals containing exponential functions », SOS Math (consulté le 8 février 2016) R. Loganayagam, P. Surówka

Fonction d'activation

Michael S. Gashler, « A Continuum among Logarithmic, Linear, and Exponential Functions, and Its Potential to Improve Generalization in Neural Networks »

Fonction exponentielle p-adique

totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « p-adic exponential function » (voir la liste des auteurs). Chapitre 12 de J. W. S. Cassels, Local

Fonction exponentielle étirée

Wuttke, « Fourier Transform of the Stretched Exponential Function: Analytic Error Bounds, Double Exponential Transform, and Open-Source Implementation libkww »

Problème d'algèbre de lycée de Tarski

applications of Nevanlinna theory to mathematical logic: Identities of exponential functions, Transactions of the American Mathematical Society, vol.282 1, (1984)