L’écriture cham (en cham : ꨀꨇꩉ ꨌꩌ) est un abugida brahmique utilisé pour écrire le cham, une langue austronésienne parlée par quelque 245 000 Chams au Vietnam et au Cambodge. Il s’écrit horizontalement de gauche à droite, comme les autres abugidas brahmiques.

Alphasyllabaire cham
Caractéristiques
Type Abugida
Historique
Époque c. 350 – présent[1]
Système(s) parent(s) Alphabet protosinaïtique

 Alphabet phénicien
  Alphabet araméen
   Brahmi
    Tamoul-Brahmi (en)
     Écriture pallava[2]
      Alphasyllabaire cham

Codage
Unicode U+AA00–U+AA5F
ISO 15924 Cham
Gros plan sur l’inscription de la stèle de Po Nagar, 965. La stèle décrit les exploits des rois Champa.
Un manuscrit champa relatant la culture sociale de la communauté cham du début du XVIIIe siècle.

Histoire

modifier

L’écriture cham est issue de l’écriture brahmi de l’Inde. Le cham fut l’une des premières écritures à se développer à partir de l’écriture pallava vers 350 après J.-C. Elle arriva en Asie du Sud-Est lors de l’expansion de l’hindouisme et du bouddhisme. Les temples hindous en pierre de la civilisation champa contiennent des inscriptions sur pierre en sanskrit et en langue chamique. Les plus anciennes inscriptions du Vietnam se trouvent à Mỹ Sơn, un complexe de temples datant d’environ c. 300 après J.-C. à c. 1200 après J.-C[3],[4]. La plus ancienne inscription est écrite en sanskrit erroné. Après cela, les inscriptions alternent entre le sanskrit et la langue cham de l’époque[5].

Les rois cham étudiaient les textes classiques indiens, tels que le Dharmaśāstra, et des inscriptions font référence à la littérature sanskrite. Progressivement, la culture cham assimila l’hindouisme, et les Chams finirent par être capables d’exprimer adéquatement la religion hindoue dans leur propre langue. Au VIIIe siècle, l’écriture cham avait supplanté le sanskrit et la langue cham était pleinement utilisée. La plupart des manuscrits conservés traitent de rituels religieux, de batailles épiques, de poèmes et de mythes[5].

Les langues chamiques modernes présentent des caractéristiques aréales d’Asie du Sud-Est, telles que la monosyllabicité (en), la tonalité et les consonnes glottalisées. Cependant, elles étaient devenues dissyllabiques et non tonales sur le continent sud-est asiatique[pas clair]. L’écriture a dû être modifiée pour tenir compte de ces changements.

Variété

modifier

Les Chams vivent aujourd’hui en deux groupes : les Chams occidentaux du Cambodge et les Chams orientaux (Panduranga/Phan Rang Cham) du Vietnam. Durant le premier millénaire de notre ère, les langues chamiques formaient une chaine dialectale le long de la côte vietnamienne. La fragmentation de cette chaine en langues distinctes s’est produite lorsque les Vietnamiens ont progressé vers le sud, contraignant la plupart des Chams à retourner dans les hautes terres, tandis que certains, comme les Chams de Phan Rang, se sont intégrés à la société des plaines sous domination vietnamienne. La division des Chams en Chams occidentaux et Chams de Phan Ran a suivi immédiatement le renversement du dernier État cham par les Vietnamiens. Les Chams occidentaux sont majoritairement musulmans et privilégient donc l’écriture arabe. Les Chams orientaux sont majoritairement hindous et ont continué d’utiliser l’écriture indienne. Durant la période coloniale française, les deux groupes ont dû adopter l’alphabet latin[réf. nécessaire].

Il existe deux variantes de l’écriture cham : Akhar Thrah (cham oriental) et Akhar Srak (cham occidental). Ces deux variantes sont suffisamment distinctes pour être encodées dans des blocs séparés. Le bloc du cham oriental est inclus dans la norme Unicode version 5.1 depuis mars 2008, tandis que celui du cham occidental est en discussion[6]. Une romanisation standard ALA-LC des deux variantes, basée sur la romanisation EFEO du cham, est disponible[7].

Usage

modifier

L’écriture cham est très précieuse dans la culture cham, mais cela ne signifie pas qu’elle soit largement apprise. Des efforts ont été déployés pour simplifier l’orthographe et promouvoir l’apprentissage de l’écriture, mais avec un succès limité[8]. Traditionnellement, les garçons apprenaient à lire vers l’âge de douze ans, lorsqu’ils étaient assez grands et forts pour s’occuper des buffles d’eau. Cependant, les femmes et les filles n’apprenaient généralement pas à lire. L’écriture cham traditionnelle est encore connue et utilisée par les Chams orientaux du Vietnam, mais plus par les Chams occidentaux.

Structure

modifier

Comme les autres abugidas, les consonnes du cham possèdent une voyelle inhérente. Des signes diacritiques dépendants sont utilisés pour modifier cette voyelle. Le cham n’ayant pas de virāma, des caractères spéciaux doivent être utilisés pour les consonnes pures. Cette pratique est similaire à celle des consonnes chillu de l’écriture malayalam.

 
L’écriture cham orientale. Les consonnes nasales sont représentées sans signe diacritique et avec le signe kai. Les signes diacritiques des voyelles sont indiqués par un cercle précisant leur position par rapport aux consonnes.

La plupart des lettres consonantiques, telles que [b], [t], ou [p], inclut une voyelle inhérente [a] qu’il n’est pas nécessaire d’écrire. Les occlusives nasales, [m], [n], [ɲ], et [ŋ] (les deux derniers translittérés ny et ng dans l’alphabet latin) sont des exceptions et possèdent une voyelle inhérente [ɨ] (translittéré â). Un signe diacritique appelé kai, qui n’apparaît pas avec les autres consonnes, est ajouté sous une consonne nasale pour écrire la voyelle [a].

Les mots cham contiennent des syllabes voyelle et consonne-voyelle (V et CV), à l’exception de la dernière, qui peut également être CVC. L’écriture cham comporte quelques caractères pour les consonnes finales ; pour les autres consonnes, une queue plus longue à droite indique simplement l’absence de voyelle finale.

Consonnes

modifier
Consonnes

ka

kha

ga

gha

ngâ

nga

ca

cha

ja

jha

nyâ

nya

nja

ta

tha

da

dha


na

nda

pa

pa

pha

ba

bha


ma

mba

ya

ra

la

wa

ṣa

sa

ha

Consonnes médianes

modifier
Consonnes médianes (signes consonantiques)
Signe diacritique ◌ꨳ
-ia
◌ꨴ
-ra
◌ꨵ
-la
◌ꨶ
-ua
Exemple ꨆꨳ
kia
ꨆꨴ
kra
ꨆꨵ
kla
ꨆꨶ
kua

Consonnes finales

modifier

Cham n’utilise pas de āma pour supprimer les voyelles. Les consonnes finales sont indiquées de trois manières : une lettre consonantique finale explicite, un signe diacritique combinatoire ou par ꨥ.

Lettres consonantiques finales

-k

-ng

-c

-t

-n

-p

-y

-r

-l

-w

-ṣ

Voyelles indépendantes

modifier

Six des voyelles initiales sont représentées par des lettres uniques[9] :

Voyelles indépendantes cham

a

i

u

é

ai

o

Voyelles dépendantes

modifier

Les autres voyelles initiales sont représentées par l’ajout d’un diacritique à la lettre ꨀ (a)[9]. Les mêmes diacritiques sont utilisés avec les consonnes pour modifier leur voyelle intrinsèque :

Voyelles dépendantes cham [quelles sont les valeurs de ces voyelles ?]
-i -ei -u -e
Diacritiques ◌ꨩ ◌ꨪ ◌ꨫ ◌ꨬ ◌ꨭ ◌ꨭꨩ ◌ꨮ ◌ꨮꨩ
affichées avec(ka) ꨆꨩ ꨆꨪ ꨆꨫ ꨆꨬ ꨆꨭ ꨆꨭꨩ ꨆꨮ ꨆꨮꨩ
-o -ai -ao -au
Diacritiques ꨯꨮ ꨯꨮꨩ ꨯꨩ ꨯꨱ ◌ꨲ ◌ꨲꨩ ◌ꨮꨭ
affichées avec(ka) ꨆꨯꨮ ꨆꨯꨮꨩ ꨆꨯ ꨆꨯꨩ ꨆꨰ ꨆꨯꨱ ꨆꨲ ꨆꨲꨩ ꨆꨮꨭ

Chiffres

modifier

Le cham possède un ensemble de chiffres distinctifs[9] :

Chiffres cham 0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
Noms thaoh
ꨔꨯꨱꩍ
sa
dua
ꨕꨶ
klau
ꨆꨵꨮꨭ
pak
ꨚꩀ
limâ
ꨤꨪꨟ
nam
ꨗꩌ
tajuh
ꨓꨎꨭꩍ
dalapan
ꨕꨤꨚꩆ
salapan
ꨧꨤꨚꩆ

Autres symboles

modifier
 
Symbole cham- Homkar (Om)[note 1]
Ponctuation
Symbole Nom Fonction
Spirale Marque le début d’une section.
Danda Coupure de texte
Double danda Changement de texte avec valeurs progressives de finalité
Triple Danda Changement de texte avec valeurs progressives de finalité

Unicode

modifier

L’écriture cham a été ajoutée à la norme Unicode en avril 2008 avec la sortie de la version 5.1[9].

Le bloc Unicode pour le cham est U+AA00 – U+AA5F :

 v · d · m 
en fr
0123456789ABCDEF
U+AA00
U+AA10
U+AA20 ꨆꨩ ꨆꨪ ꨆꨫ ꨆꨬ ꨆꨭ ꨆꨮ ꨆꨯ
U+AA30 ꨆꨰ ꨆꨱ ꨆꨲ ꨆꨳ ꨆꨴ ꨆꨵ ꨆꨶ  
U+AA40 ꨆꩃ ꨆꩌ ꨆꩍ  
U+AA50  

Texte d’exemple

modifier

Vous trouverez ci-dessous un exemple de texte en cham, en rumi, en jawi et en alphabet cham. Ce texte est la traduction d’un court poème vietnamien.

Traduction française Perte d’argent ; tristesse pendant quelques jours

Perte d’amis ; tristesse pendant quelques mois

Perte de ma petite amie ; tristesse pendant quelques années

Perte de la mère; tristesse pour la vie

Écriture cham rumi Lahik jiên; drut druy hadôm harei

Lahik sabat; duk duy hadôm bilaan

Lahik payô; padrut padruy hadôm thun

Lahik Amêk; su-uk su-uôn ha umôr

Écriture Cham Jawi لحيء جييٛن؛ دروت دروي حدوٛم حغاٛي

لحيء سباة؛ دوء دوي حدوٛم بيلآن

لحيء فيوٛ؛ فدروت فدروي حدوٛم تهون

لحيء أميٛء؛ سوعوء سوعووٛن ها عوموٛر‎

Écriture cham ꨤꨨꨪꩀ ꨎꨳꨯꨮꩆ ꨕꨴꨭꩅ ꨕꨴꨭꩈ ꨨꨕꨯꩌ ꨨꨣꨬ

ꨤꨨꨪꩀ ꨧꨝꩅ ꨕꨭꩀ ꨕꨭꩈ ꨨꨕꨯꩌ ꨝꨪꨤꨩꩆ
ꨤꨨꨪꩀ ꨚꨢꨯꨩ ꨚꨕꨴꨭꩅ ꨚꨕꨴꨭꩈ ꨨꨕꨯꩌ ꨔꨭꩆ
ꨤꨨꨪꩀ ꨀꨟꨯꨮꩀ ꨧꨭꨂꩀ ꨧꨭꨂꨅꩆ ꨨꨩ ꨂꨟꨯꩉ

Original vietnamien Mất tiền; Buồn vài ngày

Mất bạn; Buồn vài tháng

Mất gấu; Buồn vài năm

Mất mẹ; Buồn cả đời

Notes et références

modifier

Notes

modifier
  1. ꨀꨯꨱꩌ (U+AA00 & U+AA2F & U+AA31 & U+AA4C)

Références

modifier
  1. Marrison 1975, p. 52-59.
  2. Handbook of Literacy in Akshara Orthography, R. Malatesha Joshi, Catherine McBride (2019), page 29
  3. (en) Centre, « My Son Sanctuary », UNESCO World Heritage Centre (consulté le 11 septembre 2024)
  4. (en) Thurgood Graham, A Preliminary Sketch of Phan Rang Cham The Austronesian Languages of Asia and Madagascar, California State University, Chico, 11 septembre 2024, Page=1
  5. a et b Claude, Jacques. "The Use of Sanskrit in the Khmer and Cham Inscriptions." In Sanskrit Outside India (Vol. 7, pp. 5-12). Leiden: Panels of the VIIth World Sanskrit Conference. 1991.
  6. (en) « Unicode Status (Western Cham) », sur scriptsource.org, 26 mai 2022 (consulté le 12 mai 2026)
  7. « Cham Alphabet », kauthara.org, 2015 (consulté le 20 juillet 2020)
  8. (en) Rachna, « Cambodia's Cham Muslims Fear Loss of Ancient Script and Language », VOA Khmer, 26 novembre 2019 (consulté le 18 mai 2022)
  9. a b c et d Everson, « Proposal for encoding the Cham script in the BMP of the UCS », 6 août 2006

Annexes

modifier

Bibliographie

modifier
  • (en) Geoffrey Edward Marrison, « The Early Cham language and its relation to Malay », Journal of the Malaysian Branch of the Royal Asiatic Society, vol. 48, no 2 (228),‎ 1975, p. 52-59 (JSTOR 41492110)
  • Étienne Aymonier et Antoine Cabaton, Dictionnaire čam-français, vol. 7 de Publications de l'École française d'Extrême-Orient, E. Leroux, 1906 (lire en ligne)
  • (en) Doris Blood, « Cham literacy: the struggle between old and new (a case study) », Notes on Literacy, no 12,‎ 1980, p. 6-9
  • (en) Blood Doris, « The script as a cohesive factor in Cham society », dans Marilyn Gregersen et Dorothy Thomas (eds.), Notes from Indochina, Dallas, International Museum of Cultures, 1980, 35-44 p..
  • (en) Doris E. Blood, « The ascendancy of the Cham script: how a literacy workshop became the catalyst », International Journal of the Sociology of Language, no 192:45-56,‎ 2008..
  • (en) Marc Brunelle, « Diglossia, Bilingualism, and the Revitalization of Written Eastern Cham », Language Documentation & Conservation, vol. 2, no 1,‎ 2008, p. 28-46
  • Gérard Moussay, Dictionnaire Cam-Vietnamien-Français, Phan Rang: Centre Culturel Cam, 1971
  • (en) Trankell Ing-Britt et Jan Ovesen, « Muslim minorities in Cambodia », NIASnytt, no 4,‎ 2004, p. 22-24
  • (en) R. Malatesha Joshi et Catherine McBride, Handbook of Literacy in Akshara Orthography, 2019

Liens externes

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :

📚 Artikel Terkait di Wikipedia

Perfect Blue

chanteuse et idole J-pop Mima quitte son groupe déjà très populaire, les Cham, pour se lancer dans une carrière d'actrice. Elle accepte alors un petit

Ơ̄

1906 (lire en ligne) (en) Michael Everson, Proposal for encoding the Cham script in the BMP of the UCS (no L2/06-257, N3120), 6 août 2006 (lire en ligne)

Noé (film)

années plus tard, Noé vit avec sa femme, Naameh, et ses trois fils, Sem, Cham et Japhet, à l'écart du monde, tentant comme il peut de protéger les derniers

Nombres dans le monde

numériques communes indiennes Saurachtra Dévanâgarî étendu Kayah-li Javanais Cham Meitei mayek Formes de demi et pleine chasse Grec – nombres égéens Grec –

Jawi

minangkabau, musi), ainsi que l’aceh. Il n’est pas à confondre avec le jawi cham ou le pegon qui lui sont apparentés. C'est l'une des deux formes d'écriture

Minorité tcherkesse d'Israël

Minorité tcherkesse d'Israël Израилым ис Адыгэхэр Modèle:Script/Hebrew Tcherkesses israéliens en costume traditionnel avec leur drapeau, 2010. La minorité

Logiciel multiplateforme

en Haxe pour générer du JavaScript; on utilise alors la syntaxe Haxe mais on manipule les objets définis par JavaScript et exposés par le navigateur

Sinogramme traditionnel

Book History » (en) H. K. Pae, Script Effects as the Hidden Drive of the Mind, Cognition, and Culture, vol. 21, Cham, Springer, coll. « Literacy Studies